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Emmanuel Fouchet : « Ce mois de juin ne doit pas être un épiphénomène. »

Victorieuses pour la première fois de leur histoire de la Golden League Européenne au mois de juin dernier à Orléans, les filles de l’équipe de France de Volley-ball étaient à Dinard pendant deux semaines pour se préparer au Challenger Cup (28 au 31 juillet à Zadar). Entretien avec Emmanuel Fouchet, le Team Manager des volleyeuses, qui revient sur la construction de ce groupe, ses progrès rapide et la perspective de 2024. 

Emmanuel, tout d’abord, pourquoi venir à Dinard sur ces deux semaines de stage ? Avec la FFVolley, nous avons nos habitudes et nos repères ici au Campus sport Bretagne de Dinard. C’est la quatrième fois que l’on vient avec une équipe de France (jeunes, A’ …) sur ces trois dernières années. Le Campus a fait évoluer les choses positivement avec des petits détails mais aussi en améliorant la salle de préparation physique qui est désormais plus fonctionnelle. Et puis à Dinard nous avons un avantage énorme : nous sommes tous autonomes au sein du groupe. On va de notre chambre aux salles d’entrainement à pied, on peut ainsi travailler avec différents groupes. Il y a aussi la proximité de la plage et du centre-ville qui permettent à l’ensemble du groupe d’évoluer dans un cadre dépaysant et reposant. On y est bien et l’accueil est toujours bienveillant. 

Dans quel cadre mettez-vous en place ce stage ? Avec ce groupe féminin, nous sommes sur un stage de préparation avant la Challenger Cup qui aura lieu en Croatie en fin de semaine. C’est un tournoi international avec 8 équipes qui permet de se qualifier pour la Ligue des Nations 2023 où tout le gratin mondial sera présent. On a gagné notre ticket pour cette Challenger Cup, grâce à notre victoire lors de Golden League Européenne à Orléans, au mois de juin dernier. 

Le groupe a coupé pendant trois semaines après sa victoire à Orléans, pas trop difficile de re-mobiliser les troupes ? On se remet effectivement en ordre de marche sur ce stage car les filles ont bénéficié de trois semaines de vacances après leur victoire à Orléans. Elles avaient un programme d’entretien physique à assumer et elles ont joué le jeu. Nous sommes au delà de nos objectifs de début de saison mais à côté de cela on voulait tout de même laisser une période de repos importante aux joueuses cet été, à deux ans des JO et après quatre ans de travail acharné. C’est un deal entre nous. Nous sommes donc sur une préparation assez courte par rapport à cet événement important mais on ne repart pas de zéro puisque l’on a des acquis de la première phase de préparation et des saisons précédentes. 

Quel a été le contenu de ce stage ?  Sur ce stage, nous avons dans un premier temps re-mobilisé les organismes avec une séance de musculation tous les deux jours environ, mais aussi une reprise de contact avec le ballon sur les fondamentaux. On a réintégré les sauts et les frappes progressivement puis nous avons réintroduit les formes collectives en milieu de stage pour monter en puissance avant notre départ ce mardi pour la Croatie. Nous étions sur deux entrainements par jour. Certains entrainements étaient libres : les filles s’entrainaient ou pas en fonction de leurs besoins, de leur corps, de leur fatigue. Nous avons 16 à 18 filles et chacune est différente. Le groupe va de 18 à 34 ans, avec des charges et un passif dans le sport de haut niveau différent. Nous sommes donc sur une adaptation individuelle à la situation de la joueuse avec une confiance et une responsabilisation qui s’est installée. 

Quelle place occupe le mental dans votre préparation ? Le travail de préparation mental est un aspect que nous avons intégré il y a maintenant 1 an et demi. Le préparateur mental n’est pas présent sur ce stage mais il travaille à distance avec celles qui le souhaitent. C’est une grande source de progression par rapport à l’année dernière. Niveau mental, il faut que les filles aient conscience qu’elles puissent avoir confiance dans ce qu’elles sont capables de produire. Ce mois de juin ne doit pas être un épiphénomène. C’est leur socle pour l’avenir. Nous avions déjà atteint un certains niveau de performance lors du championnat d’Europe l’année dernière, là sur d’autres aspects nous avons été aussi performants. Il reste des axes à travailler mais nous sommes sur de la construction. 

Connaissez-vous vos adversaires pour cette Challenger Cup ? On a effectivement le tableau de cette Challenger Cup. On affrontera la Colombie en quart de finale. Une équipe qui n’a pas disputé de match officiel depuis septembre 2021. Le groupe n’a à priori par trop changé et beaucoup de joueuses évoluent dans le championnat de France donc on est sur l’étude de leurs caractéristiques … ensuite on pourrait affronter la Belgique ou la République tchèque, nations que l’on à déjà joué et sur lesquelles nous avons des données. 

Quel sera votre objectif sur cette Challenger Cup à Zadar (Croatie) ? Comme depuis le début de ce projet, on ne se focalise pas sur des résultats. Nous sommes sur une construction longue. L’état de l’équipe de France féminine lorsque le staff a été mis en place peut se résumer à un constat simple : lors de la première sélection que fait Emile Rousseaux, trois joueuses sont titulaires en club ! Sur la première saison et demie, on a passé en revue un total de 32 joueuses pour arriver à constituer la base de ce groupe là. On construit, on se développe. La plus grosse réussite à l’heure actuelle, elle tient à deux choses à mon avis : les équipes contre qui on joue maintenant, elles nous trouvent vraiment pénibles car il y a de la cohérence dans ce qui est produit par les joueuses et l’autre facteur qui identifie nos progrès c’est que là où avant on avait du mal à trouver des adversaires pour des matches amicaux ou pour faire des stages communs, et bien maintenant on le fait plus facilement et avec des nations d’un plus haut rang. On va recevoir la Turquie (finaliste de la Ligue Mondiale) au mois d’août, on va aller en Italie (vainqueur de la Ligue Mondiale) au mois de septembre … ce sont des équipes qui nous fermaient la porte auparavant. 

Je me répète mais nous sommes sur de la construction, sur un chemin. Au début de cette campagne estivale 2022, il aurait état prétentieux de dire : « on va aller au Final Four de la Golden League, on va le gagner et on va aller au Challenger … ». On peut en avoir l’ambition, et on l’a. Après, il ne faut pas oublier que toutes les équipes que l’on pourrait rencontrer sur cette compétition sont mieux classées que nous, donc … 

Article : Maxime Rannou / Photo : Benjamin Croizet